Κυριακή, 19 Δεκεμβρίου 2010

ERWAN BERGOT: BATAILLON BICEARD



PRESSES DE LA CITΈ
PARIS 1977 Σελ. 293
XVII 
Mars 1954.

— Le patron a été convoqué à Hanoi.
— On va nous envoyer à Diên Bien Phu ?
La question trahit à la fois un espoir et une crainte. L'espoir de s'en aller, de laisser cette mission sans gloire à laquelle, depuis son retour de Seno, le bataillon est attelé : garder les appareils basés sur l'aérodrome de Cat Bi, près de Haiphong, que des commandos-suicide ont reçu l'ordre de détruire à tout prix. Et la crainte d'arri­ver trop tard pour participer à la bataille que Giap s'est enfin décidé à livrer.
Sur leur terrain d'aviation, les paras du 6e n'ont d'autre distrac­tion que l'écoute de la radio et ils ont suivi, comme le monde entier, le récit des deux premières offensives ennemies. Pour eux, la chute du point d'appui Béatrice, dans la nuit du 13 au 14 mars, a été une surprise douloureuse. Ils connaissent la combativité de la Légion, ils savent que la 13° demi-brigade est l'une des unités d'infanterie les plus solides et ils n'ont pas compris. Ou plutôt, ils le compren­nent trop bien. Giap veut gagner, et il met tous les moyens de son côté.
Le lendemain, la chute du point d'appui Gabrielle leur a claire­ment montré la tactique adoptée par le Vietminh : démanteler, un par un, chacun des avant-postes qui protègent le camp retranché.
— La surprise a dû être cruelle, observe Prigent.
Il n'y a pas trace de sarcasmes dans cette phrase. Ni le Mousse, ni ses camarades ne s'arrogent le droit de juger, de critiquer.
— La roue tourne. Ceux de Diên Bien Phu apprennent le prix de (115) la ténacité devant un assaut, quand les Bo-Doïs se jettent, par mil­liers dans les barbelés en hurlant, sans se soucier de la mitraille ou des obus...
— Le bataillon rentre au séminaire. Officiel...
— Alors, dit Prigent : c'est pour Diên Bien Phu.
Deux heures plus tôt, Bigeard est arrivé, dans le petit bureau du général Cogny.
— J'ai besoin de vous à Diên Bien Phu. Tout va mal. Vu de Hanoi, l'affaire me paraît mal commandée...
Une ombre est passée sur le visage énergique de Bigeard. En un instant, il a revécu les vingt mois écoulés. Tu Lê, Nan San, Lang Son, le Delta, Seno... Une longue route, des efforts incessants, de la fati­gue, du sang. Il n'a pas besoin de longues explications pour com­prendre qu'on lui demande de se sacrifier. Une fois de plus. Probable­ment la dernière. La bonne. Doit-il envoyer en enfer ces hommes qui sont presque arrivés au terme de leur séjour ?
— Mon général, mon bataillon, en vingt mois d'Indochine n'a jamais eu le temps de souffler. Mes hommes ont mérité de rentrer en France. Si vous estimez que ma place est là-bas, je suis prêt à partir avec n'importe quelle autre unité.
Cogny secoue la tête :
— Non, Bigeard. Votre bataillon est indispensable.
Si c'est une flatterie, elle échappe à Bigeard. Il n'a retenu que l'ordre donné.
— Quand sautons-nous ?
— Demain...
Le bataillon est arrivé le soir même à Hanoi. A peine débarqués des camions, les commandants de compagnie ont été convoqués au PC.
— Nous sommes en alerte aéroportée. Demain, nous sautons sur Diên Bien Phu.
Le silence qui a accueilli la nouvelle a mal été interprété par Bigeard. Il regarde un à un ses vieux fidèles, Lepage et Trapp, Le Boudée et De Wilde. Perret, Elise, Bourgeois. Ils ont maigri, et por­tent les stigmates d'une fatigue jamais complètement éliminée.
— Je sais ce que vous pensez, reprend Bruno d'un ton chaleureux. Nous avons été de toutes les fiestas et nous avons, dans les jambes, un sacré nombre de kilomètres.
Il baisse la tête, jette un œil sur les imprimés portant les ordres d'opération. Quand il la relève, il a changé de ton :
— Ça va mal. Les Thaïs qui tenaient le piton Anne-Marie ont abandonné leur position sans combats. Us ont  décidé  que  cette affaire ne les concernait plus et sont rentrés à la maison. Et le colo­nel commandant l'artillerie s'est suicidé dans son abri. Les visages des lieutenants sont de marbre.
— J'ai demandé à Cogny de vous laisser tranquilles, et lui ai dit que j'étais prêt à partir avec n'importe quel autre bataillon...
— Mon commandant, réplique Trapp de sa voix sèche : vous ne pensez tout de même pas que nous souhaitons rester hors du coup ? Nous sommes fatigués, nous désirons tous rentrer en France. Mais ce que nous souhaitons ne compte pas.
— Tout à fait d'accord, enchaîne Bourgois : nous sommes les meilleurs. Nous partons avec vous. C'est normal.
16 mars 1954.
Pour prendre l'axe de largage en évitant l'artillerie et la DCA les 42 Dakotas qui transportent le 6e abordent la longue plaine de Diên Bien Phu par le sud. A droite la Nam Youm enroule ses méandres au milieu du paillasson jaunâtre des rizières incultes, piquetées d'obus. A gauche et en retrait, un grand point d'appui ovale, Isabelle, étale ses blockhaus, ses alvéoles d'artillerie et ses tranchées comme autant de cicatrices blêmes.
Au loin, vers le nord, émergeant à peine de la poussière et des fumées qui avalent l'horizon, les paras devinent une large tache claire. C'est le réduit central, Diên Bien Phu.
Une par une, les quatre compagnies atterrissent sur ce qui fut, quatre mois plus tôt, la DZ « Simone ». En même temps qu'elles, atterrissent aussi les obus de 105 et les torpilles de 120 que les artil­leurs de Giap envoient, à profusion.
Pour les paras, la prise de contact est rude. En un instant, ils comprennent mieux les revers subis depuis trois jours par la garnison. La terre vibre, les éclats sifflent. Ils griffent, ils mordent. Déjà les compagnies comptent leurs premiers blessés, leurs premiers morts.
A côté de Hamel, dont le visage parut naguère en couverture de Paris-Match et dont le bras pend, arraché et sanglant, Pluchard est allongé, la jambe brisée. Pour fixer une attelle, Lecoq, l'infirmier, a déchiré le pantalon :
— Pour te le faire réparer, tu n'auras qu'à demander une per­mission à Balliste : il y a des villages thaïs, comme à Ban Som !
Pluchard accueille la proposition par une bordée d'injures. Il est solide. Dans un mois, il rejoindra, en boitant, sa compagnie sur Eliane 10.
Une jeep traverse la plaine en zigzaguant, poursuivie par les obus.
Au volant, Bigeard. Il s'était déchiré un muscle à Seno. Il vient de se fouler la cheville. Il a sa tête des mauvais jours. Ce qu'il vient de voir à Isabelle a confirmé les propos de Cogny, la veille :
— L'affaire paraît mal engagée...
Tout à l'heure, Botella, le patron du 5' BPVN, parachuté la veille, confirmera cette fâcheuse impression :
— C'est un beau bordel, tu auras du mal à changer quoi que ce soit.
Et pourtant, dans le camp retranché, on attend des miracles de Bigeard. Lorsque la nouvelle de son arrivée a été confirmée, le moral est remonté immédiatement.
Depuis trois jours, les jeunes officiers, les petits gradés et les sol­dats se rendaient compte que leurs chefs avaient en même temps découvert les effets du pilonnage intensif et leur propre impuissance. La mort de Gaucher, le patron de la 13°, seul colonel capable de réagir face aux Viets, le suicide de Piroth incapable de tenir ses engage­ments, ont durement été ressentis. Et tout le monde attendait le prochain assaut avec cette angoisse que l'on éprouve devant les coups imprévisibles mais imminents. Et puis, Bigeard est arrivé.
— S'il a accepté de se fourrer dans ce merdier, c'est peut-être que ce n'est pas foutu ?
— Dites donc, chef, pourquoi nous a-t-on collés ici ?
— Tais-toi et creuse...
Garanger se redresse, repousse son casque sur le sommet de sa tête et ricane : — Ça me rappelle une histoire. (Il prend une voix aiguë et mime :) — Dis, maman, pourquoi grand-père il est toi il froid ? — Tais-toi et creuse...
Quelques paras rient, tout en continuant à manier la pelle-pioche. Ils ne perdent pas une seconde. A leur arrivée dans le camp retran ché, des guides les ont conduits sur un bout de colline jaune et pelée qui descend en pente douce vers la rivière.
— Installez-vous là, vous êtes en réserve de contre-attaque.
« Là », ils l'ont appris de leurs voisins, les petits Vietnamiens du 5e BPVN parachutés la veille, c'est Eliane 4. Autant dire rien. Sur la carte, la forme d'un fer à cheval. D'en bas, on penserait davantage à une sorte de croissant de pâtissier. Au centre le plus haut des trois pitons — 468 m —, s'appelle Eliane 1. Il est tenu par mu-moitié d'un bataillon de Marocains, le 1/4 RTM. Les branches sont vides. Le 6e occupe les flancs et la base internes du croissant, poni l'instant hors de la trajectoire des 105 adverses.
— Heureusement, observe Prigent. Je nous imagine mal camper sur ce billard, sans le moindre endroit pour s'abriter.
De fait, seul le sommet d'Eliane 1 a été aménagé, en défensive à l'est. Le reste a été négligé. Voici quelques semaines, un bulldozer du génie a entrepris de creuser dans les parois quelques alvéoles rec­tangulaires destinés à abriter le PC de Castries dès que commencera la saison des pluies, mais ce travail est resté à l'état de projet à peine ébauché. Les préoccupations du GONO ont brusquement changé de direction.
Les compagnies du 6e s'installent donc, en catastrophe, dans ces trous auxquels manque un toit et surtout le matériel pour l'édifier. Alors, ils réduisent leurs prétentions et préfèrent creuser des trous-bouteille, imités des Viets, plus faciles à protéger par des caisses d'obus, en bois remplies de terre qui stoppent les éclats à défaut d'ar­rêter les obus. Mais, comme le dit Allaire en spécialiste des mortiers :
— Le coup au but est le coup au but. On n'y peut rien...
A la nuit, les quatre compagnies sont installées. Prêtes à inter­venir au profit du prochain point d'appui attaqué. Tout à l'heure, sous la conduite de Bigeard, lui-même escorté de Botella, le patron des Bawouans, qui possède vingt-quatre heures d'ancienneté sur le 6 à Diên Bien Phu, les commandants de compagnie sont allés sur la crête d'Eliane inspecter le paysage.
— Au nord, a expliqué Botella, les Dominiques, ces deux pitons jumeaux séparés par la route. Le plus bas — la cote 490 — Domini­que 1. Le plus près, le piton rouge, — cote 505 — Dominique 2. Au sud-est, Eliane 2. — coe 464 — et la croupe qui la prolonge, vers le nord-est, ce sont deux pitons anonymes où les Marocains installent des sonnettes.
Bigeard porte ses jumelles à ses yeux. La colline qui prolonge Eliane est ronde, pelée, simplement striée de quelques tranchées.
— Si un jour Eliane 2 est attaquée, dit Bigeard, ce sera à partir de ce piton : il fera une excellente base de feux ennemis.
Il se tourne vers Allaire :
— Règle dessus un tir d'interdiction. Désormais, on l'appellera le mont Chauve. Et derrière, la colline qui lui fait suite et n'est qu'une croupe permettant d'accéder au mont Chauve sera le mont Fictif.
Il s'efforce d'être précis, mais tout ce qu'il a vu dans la cuvette le met mal à l'aise. Il trouve les positions trop modestement implan­tées, les hommes dépourvus de cette flamme qui fait des vainqueurs. Enthousiastes il y a moins d'une semaine, ils n'ont pas encore sur­monté le découragement des premiers combats perdus.
Tout à l'heure, quand il a vu de Castries, il lui a trouvé mauvaise mine. Il a surtout pensé que son entourage manquait de punch. Sauf un : Langlais. Pourtant entre les deux hommes, qui se connaissent à ....................                                           

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