Παρασκευή, 3 Δεκεμβρίου 2010

PIERRE SERGENT:JE NE REGRETTE RIEN

La deuxième mort du B. E .P. 
Le 6 avril, une accalmie tomba sur Diên Bien Phu. Pour la seconde fois, Giap avait renoncé à enlever la position. Le mor ceau était encore trop gros à avaler. Dans, les deux camps, les pertes étaient énormes. Les abords des « Éliane » et des « Huguette » étaient d'immenses charniers qui dégageaient une odeur pestilentielle. Il ne pouvait être question d'enterrer les cadavres qui se trouvaient entre les positions. Dans les points d'appui, on se contentait d'ébouler des portions de tranchée sur les corps. 
Pour les assiégés, le grand problème était celui du ravitail lement en personnel et munitions. De Castries et Langlais avaient l'impression de s'adresser à un mur quand ils récla maient du monde à Hanoi. Ils se foutaient des bonnes paroles et des mots d'encouragement. Ils réclamaient des bataillons, de bons bataillons, et avaient eu toutes les peines du monde à obtenir l'envoi du bataillon de Bréchignac qui avait tout de même fini par être largué les 3 et 4 avril. Quand ils apprirent que Cogny s'apprêtait à leur envoyer le Ier B. P. V. N. au lieu du 2e B. E. P., ils entrèrent dans une colère épouvantable. Ils envoyèrent un message comminatoire à Navarre en per sonne. Et, dans la nuit du 9 au 10 avril, la moitié du 2e B. E. P. sautait sur la cuvette. Les frères arrivaient. 
Puisque Giap se contentait de resserrer son dispositif pour asphyxier progressivement le camp sans lancer ses régiments à l'assaut, il fallait en profiter. Bigeard décida de reprendre « Éliane 1 ». Avec les paras il prouverait une fois encore que les fantassins français n'avaient rien à envier aux Viets quant à la valeur et quant à l'ardeur du combat. 
L'affaire se déroula le 10 avril. Le B. E. P. appuyait de tous ses feux les paras du 6e B. P. C. Après un combat (185) acharné, « Eliane 1 » fut reprise à 14 heures. Mais les Viets contre-attaquèrent à 18 h 45. A 20 heures, la situation des deux compagnies qui tenaient la position devint dramatique. Les deux commandants de compagnie étaient blessés. De son P. C. d'd Éliane 4 », Bigeard lança un appel aux compagnies réservées dei autres bataillons paras. Le Ier B.E.P. tut le premier à répondre. Il envoyait immédiatement ce qui restait de la 2 et de la 3, cent hommes au total qui avaient fusionné sous les Ordres de Brandon et Martin. Ces cent hommes suivirent les tranchées qui longeaient « Éliane 4 », puis s'étalèrent au pied d' "Eliane 1 ». 
Loulou et Nounours étaient à quelques mètres l'un de l'autre. En arrière, le sergent-chef Hepekausen donna aux prisonniers (P. I. M.) qui faisaient office de servants le signal du déclenchement du feu. La première rafale d'obus de 81 s'abattit à cent mètres devant la ligne des légionnaires. Loulou et Nou nours, en même temps, se redressèrent. Les hommes du B. E. P. commencèrent à gravir la pente. 
Soudain, Nounours tourna la tête. Devenait-il fou? Un chant s'élevait à quelques pas de lui. 
Contre les Viets, contre l'Ennemi, 
Partout où le devoir fait signe... 
Loulou chantait! Au milieu des rafales et des explosions, ce chant avait quelque chose d'irréel. Nounours se surprit à suivre : 
Soldats de France, soldats du pays, 
Nous remontons vers les lignes. 
Bientôt, le refrain tant de fois chanté à l'instruction ou au cours des dégagements, le refrain du Ier B. E. P. s'éleva sur « Éliane 1 » : 
O légionnaires, le combat qui commence 
Met dans nos âmes enthousiasme et vaillance. 
Peuvent pleuvoir grenades et gravats, 
Notre victoire en aura plus d'éclat. 
Quand ils arrivèrent au sommet du piton, malgré leur fatigue et leur essoufflement, les légionnaires chantaient à pleins poumons. Alors se produisit quelque chose d'unique clans l'histoire de la bataille de Diên Bien Phu, il y eut un ins tant de paix. Pendant quelques secondes, les Viets eux-mêmes semblèrent se demander d'où venait ce chant étrange. Des milliers d'hommes, les mains crispées sur leurs armes, écou taient ces guerriers qui s'avançaient vers la mort en chantant. 
Les bruits de la bataille reprirent très vite le dessus. Les mortiers de Hepckausen envoyaient obus sur obus,' à une cadence folle. Bigeard fut obligé de lancer deux autres compa gnies dans la fournaise. Elles appartenaient au 50 B. P V. N. Les petits Vietnamiens s'élancèrent à leur tour. Ifs" voulu rent suivre l'exemple des légionnaires-parachutistes, mais ils n'avaient pas encore de chants de guerre à eux, et ils entonnèrent La Marseillaise. 
A 2 heures du matin, le 11 avril, « Éliane 1 » était à nouveau aux Français. Le B. E. P. et le B. P. V. N. avaient encore perdu une centaine d'hommes. A contre-pente, Hepekausen conti nuait à tirer. Au petit matin, il disparaissait derrière une muraille de cartons d'emballages... 
Près du sommet, l'ordonnance de Nounours, le légionnaire Lang, s'approcha de son chef à quatre pattes. Nounours était accroupi dans un bout de tranchée, les genoux au menton. 
« Mon capitaine[1] *, demânda-t-il, j'ai le temps de faire du café? »

[1] De nombreux cadres du Ier B. E. P. furent nommés au grade supérieur, a titre exceptionnel, à Diên Bien Phu. Ils estimaient que ces promotions ne coûtaient pas bien cher au commandement puisque les chances étaient minces de porter un jour ces galons. Mais ils regrettaient surtout de n'avoir pas de quoi le. arroser...

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